Un vent de surnaturel a soufflé sur mon été !

 

 

Bonjour à tous ! Cette fois-ci, plutôt que de vous livrer une chronique relativement longue sur un ouvrage unique, j’avais envie de vous parler de plusieurs de mes dernières découvertes, toutes catégories confondues. Voici donc trois de mes lectures préférées faites cet été, regroupées sous le thème du « surnaturel » ! J’espère que ça vous plaira !

 

Cet été, allez savoir pourquoi, j’ai eu envie de mettre un peu de magie dans ma bibliothèque, un peu de bizarroïde, un peu d’inhabituel et de fantastique dans ma collection de lectures parfois un peu trop sages. Comme une envie de nouveauté, de légèreté ! Alors j’ai ouvert grand les fenêtres, laissé entrer l’air neuf du dehors, histoire de voir un peu ce qu’il allait m’apporter. Nous voici donc avec la petite sélection d’ouvrages suivante, avec respectivement un roman, un essai et un manga ! De quoi satisfaire toutes les envies :

  • Le Dieu Dans L’Ombre, Robin Hobb
  • Âme de Sorcière, ou la magie du féminin, Odile Chabrillac
  • Mes Voisins les Esprits, Shirotori Ushio

 

On commence ?

 

Le Dieu Dans L’Ombre, par la géniale Robin Hobb

éditions ActuF

ete surnaturel 2Quatrième de couverture : « Loin de ses forêts d’Alaska natale, Evelyn est propulsée dans le monde de Tom, son mari, avec son fils Teddy. Coincée dans la vie quotidienne de sa belle-famille, la jeune femme ne se retrouve pas dans la place de femme et d’épouse qui lui est assignée. Fuyant les tâches ménagères et le désœuvrement, elle replonge dans ses souvenirs d’enfance qui oscillent entre nature et poésie, aux côtés de son ami Pan, le faune mystique avec qui elle a grandi…

Lorsqu’il réapparaît, des envies de liberté mêlées de rêves sensuels s’agitent en elle. A mi-chemin entre la civilisation et la nature, sous le couvert des arbres glacés, Evelyn devra faire face à des choix terribles : trouvera t-‘elle  son chemin dans l’ombre ? »

 

Celui-là, c’est mon gros coup de cœur, autant le dire tout de suite. Je ne sais pas par où commencer exactement. Ça faisait si longtemps que je n’avais pas lu de fantasy, et j’ai vraiment adoré ce roman.

Le premier gros point fort pour moi réside dans l’ambiance et le décor : ces longues scènes passées comme dans un rêve dans la forêt sauvage qui nous y apparaît pourtant étrangement familière et protectrice. Tout le roman est profondément marqué par le rapport particulier du personnage d’Evelyn à la nature : sorte d’enfant de la forêt, elle éprouve de grandes difficultés à s’adapter à un environnement plus « civilisé » et rêve d’un retour à l’authentique, à la liberté , un idéal incarné par Pan, créature mythique et ambiguë qui hante Evelyn et marche dans son ombre en réitérant un appel de plus en plus tentant. Et ce rêve vient, progressivement, nous habiter également.

Et c’est là qu’intervient le second point fort de ce roman, à savoir le talent incontestable de Robin Hobb pour nous faire ressentir les mêmes émotions et faire jaillir de simple mots imprimés sur le papier des angoisses, des doutes et des désirs qui nous paraissent si réels qu’ils nous saisissent à la gorge. Petit à petit la magie du roman opère, la lecture devient addictive, le besoin de tourner les pages se fait plus pressant.

Ce livre, je l’ai dévoré en deux jours. Et ça faisait longtemps que je n’avais pas lu un récit qui sache autant me tenir en haleine, me faire oublier tout le reste dès les premiers mots lus et me procurer un tel sentiment d’évasion ! Ça fait énormément de bien.

Le Dieu Dans L’Ombre, c’est l’histoire d’une quête de soi, d’une personne qui cherche sa place, et au fil des divers événements parfois très douloureux qui parsèment cette lutte intérieure pour choisir entre ce que l’on est supposé être, la place que les autres nous ont laissée, et l’appel déraisonnable et dangereusement tentant de ce que l’on désire au plus profond de soi, se dessine la possibilité à la fois inquiétante et séduisante d’un tout autre monde qui s’offre, d’une existence nouvelle tellement plus riche et vraie.

Je n’ose pas vous en dire plus, de peur de trop en révéler, mais si vous êtes un tant soi peu amateur de ce genre, courrez chez votre libraire ! Courrez, vous ne le regretterez pas.

Je me suis lancée dans ce roman un peu à l’aveugle, sans trop savoir où j’allais tomber et sans soupçonner toute la profondeur que j’allais pouvoir trouver derrière ce récit poétique et passionné. Je l’ai dévoré avec une gourmandise irrépressible et la tête pleine d’interrogations et d’hypothèses, avide de la suite, j’en ai dévalé les dernières pages avec la gorge nouée, et l’ai finalement refermé avec le sentiment d’avoir vécu un incroyable voyage.

 

(aïe aïe aïe, cet article ne sera pas si court que ça, finalement !)

 

Âme de Sorcière ou la magie du féminin, par Odile Chabrillac

éditions Pocket

ete surnaturel 3Quatrième de couverture : « Symbole subversif de la révolte féministe, la figure de la sorcière est de retour, prête à questionner nos choix, notre rapport au monde, à la sexualité, à la rationalité… Et ce qu’elle a à nous apprendre peut changer notre vie !

Sages-femmes, guérisseuses, femmes de pouvoir… les sorcières ont osé défier l’ordre établi. Loin des clichés et du folklore, elles ont laissé en héritage un savoir riche et multiple : célébrer son corps et sa sensualité, se ressourcer dans la nature, utiliser les vertus des plantes, s’ouvrir à l’énergie et à l’intuition… ou autant de pistes pour toucher à la magie du féminin. »

 

Odile Chabrillac signe une ode surprenante et efficace à la femme libérée, en étudiant l’histoire de la féminité, de ses entraves et de sa construction, à travers le prisme singulier et ambigu de la figure de la sorcière.

La sorcière… cette image fantasmée et inquiétante d’une femme libre et sensuelle, toute puissante et surtout, ce pour quoi elle posa le plus problème, maîtresse d’elle même. Cette image qui a nourri les imaginaires et les craintes, qui a inspiré la méfiance d’avantage que le respect et qui, par le mystère et la force d’émancipation qu’elle sous-entend, a souvent été synonyme de malédiction pour la femme, le prétexte justifiant qu’on la surveille, qu’on la punisse, qu’on étouffe encore d’avantage cette rage libératrice et cette soif d’indépendance, désirs légitimes, qui l’agitent. Et cette image qui, finalement, à travers les siècles toujours fascine.

De nombreux thèmes sont abordés dans cet ouvrage, de la conception compliquée de la figure de la femme à travers l’Histoire à la nécessité, aujourd’hui, de chérir et célébrer  cette féminité si longtemps entravée, le respect et la conscience de cette force sauvage, emprunte de mystères et reliée pourquoi pas à des énergies qui transcendent le visible.

Une ode à soi-même, à chacune, un encouragement à s’aimer et à prendre conscience de la valeur et du potentiel qui sommeillent en nous. Un élan libérateur, un souffle nouveau et vigoureux, une voix inspirante qui fait gronder le tonnerre en soi, et le velours savant de la plume d’Odile Chabrillac.

A lire sans plus attendre.

 

Mes Voisins les Esprits, par Shirotori Ushio

éditions Doki Doki

ete surnaturel 4Quatrième de couverture : « Afin de retrouver les Notes Sur Le Royaume Des Morts qui lui permettront d’en savoir plus sur la disparition de sa mère, Yachiho emménage avec son chat dans une vieille maison abandonnée où se passent des choses très étranges. Elle va y faire la rencontre de Moro, un mystérieux esprit qui lui demande de l’aider dans son « travail »… Et la jeune fille n’est pas au bout de ses surprises avec toutes les créatures fantastiques étonnantes qu’elle va côtoyer ! »

 

La quatrième de couverture indiquait également « Une fabuleuse plongée dans l’univers des esprits japonais! », et je ne peux que valider !

Si ce premier tome souffre selon moi d’une entrée en matière un peu trop précipitée et d’un manque de contextualisation (comme c’est souvent le cas lorsqu’on débute un nouveau manga, en fait), cela ne m’a pas empêchée de plonger avec délice dans son ambiance particulière.

Les décors, principalement les vastes pièces de la maison aux murs recouverts de vieilles bibliothèques et transpirants le magique, sont très évocateurs et participent grandement à créer une atmosphère chaleureuse et surnaturelle, en particulier grâce aux lierres, racines et branches fleuries qui jaillissent partout et rappellent constamment ce que le lieu à d’hybride et hors norme, un lieu de passage, de liaison entre la vie et la mort, le réel et le surnaturel (puisque la maison abrite le fameux « passage vers le monde des morts » emprunté par les esprits), avec cette vie sauvage et indomptable qui s’insinue partout et garnit l’espace.

Les dessins sont très doux, les esprits apparaissent sous de multiples formes et présentent tous des caractéristiques bien particulières avec lesquelles nous apprenons à nous familiariser en même temps que Yachiho.

La douceur esthétique et l‘innocence de ce manga sont, à mon sens, ses deux principaux atouts et sont d’ailleurs les raisons pour lesquelles je me suis lancée à sa découverte sans hésiter, mais il est indéniable que ce manga dégage, à sa manière particulière de mêler des histoires de maison hantée et de royaume des morts aux thèmes de la nature et de la forêt, représentés par des créatures aussi étranges que bienfaisantes, une certaine poésie.

 

J’espère que cette revue livresque vous a plu ! Avez-vous lu ces ouvrages ? Venez en parler dans les commentaires.

Vous pouvez retrouver ma précédente chronique de lecture ici : Zéro Déchet, le Manuel d’Écologie Quotidienne – Julie Bernier et venir me rejoindre sur Instagram pour plus de contenu !

 

Prenez soin de vous, lisez,

et à très bientôt !

 

Marie.

 

Zéro Déchet, le Manuel d’Écologie Quotidienne – Julie Bernier

 

 

Cette fois-ci je viens vous parler d’un ouvrage un peu différent, mais après tout nous sommes là pour partager des lectures qui en valent la peine, alors pourquoi pas ? Aujourd’hui donc, point de roman ni même de littérature, mais un ouvrage très inspirant et motivant, un guide facile et dont le sujet devrait en intéresser plus d’un : Zéro Déchet, le Manuel d’Écologie Quotidienne par Julie Bernier.

 

Quatrième de couverture :

Il est temps de mettre fin au gaspillage et à la détérioration de nos ressources naturelles et de notre environnement, il en va de notre avenir! Qu’il s’agisse des petits gestes du quotidien seul ou en famille ou d’actions plus collectives, ce manuel va nous accompagner de manière informative, pratique et bienveillante, dans nos courses, à la maison – de la cuisine au jardin – , au bureau, à l’école, ou bien en voyage… vers un mode de vie plus responsable, plus économique, plus sain et plus gratifiant.

 

Qu’est-ce qu’on trouve dans ce livre ?

Un  gros point fort de Zéro Déchet,  en dehors de sa manière d’aborder le sujet avec exhaustivité et franchise, c’est sa clarté : le livre se découpe en chapitres traitant chacun d’un domaine particulier de notre vie quotidienne : l’alimentation, l’entretien de la maison, les sorties … tout y passe ! Chaque chapitre s’organise ensuite de la même manière, à savoir :

 

1   On commence par un état des lieux, avec chiffres à l’appui, pour se rendre compte de ce que représente réellement notre consommation, en terme de coûts, de pollution… L’ouvrage se montre toujours honnête et révèle sans fard les conséquences de  notre mode de vie sur l’environnement. Et si la tentation est grande de se dire qu’à notre échelle, en ce qui nous concerne personnellement, notre consommation nous semble raisonnable, le livre nous aide à remettre les choses en perspective et à voir les faits tels qu’ils sont actuellement, même si les chiffres font peur : c’est l’heure, relativement inconfortable mais assurément révoltante, de la prise de conscience.

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Premières pages du chapitre « Notre Salle de Bain Zéro Déchet ».

 

 

 

2   Lorsque le constat est établi et que les principales sources du problème sont identifiées, on passe à l’action ! Le livre vous propose des solutions simples et réalisables pour remplacer les produits jetables et polluants par des substituts écolos et zéro déchet. Il ne vous reste plus qu’à cocher les éléments que vous avez réussi à intégrer à votre routine quotidienne et à songer avec satisfaction à tous les déchets qu’ils vous permettent déjà d’éliminer définitivement de votre poubelle.

davOn trouve aussi, et je trouve ça absolument génial, des recettes et Do It Yourself pour réaliser vous-même vos produits zéro déchet ! Apprenez par exemple à confectionner vos propres sacs à vrac ou toute une série de produits cosmétiques, habituellement chers et polluants, à partir de gel d’aloe vera. En toute simplicité !

Vous trouverez également des conseils sur les produits à éviter et ceux à privilégier, sur les nouveaux réflexes et attitudes à adopter…

 

 

 

 

 

3   À la fin du chapitre, vous trouverez une grille nommée « Tableau d’Actions Zéro Déchet » qui vous permettra, de manière ludique, d’évaluer votre degré d’avancement dans votre quête du zéro déchet, chaque case cochée étant une victoire supplémentaire ! De quoi envisager cette transition écologique de manière positive et pleine de motivation.

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Zéro Déchet prend ainsi le temps d’aborder chaque sphère de la vie quotidienne, de la cuisine au dressing en passant par le jardin ou encore les habitudes liées au travail… et il propose des alternatives plus responsables et respectueuses de l’environnement, et dans la grande majorité des cas, faciles à mettre en place ! Toujours en expliquant ce que l’on gagne à changer une petite habitude confortable et en apparence innocente.

Le message derrière tout ça étant de ne pas culpabiliser pour tous ces gestes écolos que l’on n’arrive pas encore à faire, mais plutôt de se féliciter pour tous ceux que l’on applique déjà, aussi petits soient-ils ! Les grands et durables changements ne s’opèrent qu’à travers la somme de petits actes quotidiens, individuels ou collectifs. Alors n’ayons pas peur de nous lancer !

 

Pourquoi j’ai choisi de vous parler de cet ouvrage

C’est vrai d’ailleurs, pourquoi ? Tout d’abord parce que, comme pour chaque livre dont j’ai pu vous parler sur ce blog, il a été un véritable coup de cœur, c’est une découverte que je suis heureuse d’avoir faite, et une lecture que j’ai dévoré en un clin d’œil.

Mais surtout, c’est parce qu’il traite, avec simplicité et honnêteté, d’un sujet tellement important. Il ne s’agit pas d’un manifeste utopiste ou d’un manuel à l’usage de rêveurs en mal de causes à défendre, mais bien au contraire d’un enjeu qui nous concerne tous. Le défi qu’il nous propose de relever doit être celui de chacun, et si les illustrations colorées et le ton léger en font une lecture divertissante, ce livre ne nous cache rien des réalités actuelles et du péril environnemental auquel nous courrons avec toujours plus d’élan, ni de l’urgence qu’il y a à s’y mettre tous, dès aujourd’hui, pour sauver notre avenir.

Une lecture à placer entre toutes les mains.

 

 

J’espère que cet article vous a plu ! Si vous connaissez déjà cet ouvrage, ou si vous connaissez d’autres lectures sur le thème du zéro déchet, venez en parler dans les commentaires !

Vous pouvez retrouver ma précédente chronique de lecture ici : Un Mal Terrible Se Prépare – Laurent Lussier et venir me rejoindre sur Instagram pour plus de contenu !

 

Prenez soin de vous, lisez,

et à très bientôt !

 

Marie.

 

 

 

Un Mal Terrible Se Prépare – Laurent Lussier

 

 

Je reviens avec une nouvelle chronique lecture, pour vous parler d’une de mes heureuses découvertes du Salon du Livre de Genève édition 2019. Il s’agit d’Un Mal Terrible se Prépare, premier roman de Laurent Lussier paru en 2018 aux éditions La Mèche. L’occasion de nous plonger ensemble dans un petit bijoux de la littérature contemporaine québécoise. En route !

 

Quatrième de couverture

Ce n’était plus le temps de vivre solitaire, un oiseau gentiment perché sur l’index, car je devais m’attaquer à ce monde avec une lame s’il le fallait, ou à coups de pied, pour le rendre traversable – fini l’ermitage insouciant, faites-vous défricheur !

Un anti-roman d’aventure d’une redoutable ironie, sur fond d’épidémie en forêt.

 

Mon avis

un mal terrible se prépare

Si la couverture d’un vert exubérant attire le regard, le titre retient l’attention. Un Mal Terrible se Prépare… L’idée contraste avec l’image, ce campeur tranquille agenouillé devant un petit feu, casserole à la main, en pleine forêt. Un mal terrible..? La quatrième achève d’éveiller les curiosités, ne voulant rien révéler mais livrant tout de même quelques mots prometteur.

 

Bienvenue donc dans l’univers singulier de ce premier roman de Laurent Lussier ! Vagabondant au cœur de la forêt sauvage pour quelques semaines de camping solitaire, le personnage-narrateur se retrouve conduit, par le hasard des événements, à suivre l’équipe du Réseau d’Urgence Pour la Faune dans ses interventions de sauvetage d’animaux blessés. Mais, si le roman offre à première vue l’impression d’une ode philosophée à la nature sauvage et à la solitude introspective, les attraits d’un texte enchanteur nourri de réflexions diverses sur les beautés de la forêt et d’un mode de vie simple et dépouillé, en totale harmonie avec cette dernière, texte entre les lignes duquel on entendrait presque le bruissement du tapis de feuilles mortes foulé par la chaussure à crampons du randonneur, ne vous laissez pas avoir ! Car derrière ce décor idyllique, d’étranges événements se produisent et le roman vire rapidement au thriller écologique, avec pour toile de fond une épidémie animale d’origine inconnue et les agissements imprévisibles d’un dégénéré errant dans les bois.

 

La traque commence, mais comment débusquer un ennemi invisible dans cette forêt dense où les hommes, finalement plus présents qu’il n’y parait, semblent eux-mêmes retourner à l’état sauvage ? Le roman nous immerge dans son atmosphère particulière, mystérieuse et oppressante, et nous voilà confinés dans l’ambiance trouble, feutrée et presque aveugle des sous-bois, où l’on découvre tour à tour des recoins de paradis, un ruisseau d’eau claire, une cabane dans les bois, et des vestiges inattendus de scènes de saccage terrifiantes.

 

Insaisissable est la nature de la menace qui plane sur l’ensemble du récit, et inclassable se révèle ce texte : oscillant entre les tons, volontiers ironique ou glissant dans des digressions philosophiques,  inquiétant parfois et poétique souvent, tour à tour cynique et rêveur… il n’aura de cesse de vous surprendre et saura vous tenir en haleine, jusqu’au bout.

 

À coup sûr, une lecture qui vaut le détour ! Si j’ai beaucoup apprécié cette ambiance particulière et dépaysante qu’offre le roman, les petites maximes marquant chaque fin de chapitre et regroupées à la toute fin du récit, comme une série d’enseignements essentiels tirés d’événements parfois hasardeux ou relativement anodins, m’apparaissent comme une ultime malice de l’auteur, une petite surprise qui nous laisse là, à la dernière page, avec un sourire amusé aux lèvres.

 

 

Merci d’avoir lu cet article, j’espère qu’il vous a plu et surtout, surtout, qu’il vous a donné envie d’aller découvrir ce roman !

N’hésitez pas à venir lire ma précédente chronique lecture, La Terrasse Des Éléphants – Raphaël Aubert, ou mon dernier articleÉcriture et Confiance en Soi.

Et si vous avez déjà lu Un Mal Terrible se Prépare, venez m’en parler dans les commentaires !

Vous pouvez également me rejoindre sur Instagram pour plus de contenu.

 

Prenez soin de vous, lisez,

 

Marie.

 

Écriture et Confiance en Soi

 

 

On se retrouve aujourd’hui pour un article « écriture » qui touche à un aspect plus personnel de la chose, mais après tout écrire ce n’est toujours au départ, qu’une aventure individuelle et intérieure, un défi mené en solitaire. Je voudrais aborder la question du rapport entre la confiance en soi (et surtout le manque de confiance en soi) et l’écriture.

En me basant toujours sur ma seule petite expérience personnelle, j’ai envie de réfléchir aujourd’hui avec vous sur ce que le manque de confiance en soi peut entraîner de conséquences sur l’écriture (et vice-versa !), en espérant que ce témoignage trouvera un écho chez vous !

 

Il est vrai que je parle souvent de l’écriture comme d’un « combat« , d’un « défi » personnel (vous pouvez aller lire, à ce sujet, mon article sur La Peur d’Écrire), et je comprend tout à fait que ces termes puissent intriguer certains pour qui écrire est synonyme de plaisir simple, d’exutoire, de loisir… C’est parce que chez moi, et je sais que je ne suis pas la seule, le fait d’écrire a dépassé le stade de la simple passion ; c’est également devenu une sorte d’ambition, un objectif de vie qui entre en conflit avec mon pire ennemi : le manque de confiance en soi.

J’ai envie de placer l’écriture au centre de ma vie, de la laisser guider chacun de mes pas, chacune de mes décisions, que ma vie soit orientée, toujours et toute entière, vers cette ambition et cette certitude inébranlable : j’ai envie d’écrire, J’AI ENVIE D’ÉCRIRE. Je veux inventer des histoires pour les donner aux autres et ne plus les garder cachées au fond d’un tiroir. Et j’ai envie de le crier sur tous les toits : j’écris ! … Mais je n’ose pas.

Je n’ose pas parce que je n’ai pas confiance en moi, et donc forcément pas confiance non-plus en ce que j’écris. Je ne me sens pas légitime pour en parler, probablement parce qu’aujourd’hui je n’ai encore rien achevé, (je me demande d’ailleurs si ce sentiment serait différent si j’avais déjà terminé mon texte et s’il avait été publié … est-ce que le fait d’avoir accompli quelque chose, d’être allé jusqu’au bout, rend vraiment plus « légitime » pour parler d’écriture ? Je laisse la question en suspens … ), mais surtout parce que je me demande, après tout, qui ça pourrait bien intéresser. Pourquoi mes écrits mériteraient-t’il qu’on parler d’eux, eux qui me paraissent parfois si banals, si simples, surtout en comparaison avec ce que d’autres peuvent écrire …

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Au fond, le problème réside dans le fait que j’ai transféré mon maladif manque de confiance en moi à ce que j’écris, à ce que je crée. Et donc inévitablement, à partir de ce moment là il devient très difficile d’être fière de mes textes. La conséquence directe, c’est que je n’assume pas le fait d’écrire tellement le jugement que je porte sur mes textes est sans pitié, j’en ai presque honte, je cache ce que je crée. Je n’ose pas en parler (mais peut-être par superstition aussi : si je commence à parler concrètement d’un projet qui n’a pas encore vu le jour, alors peut-être qu’il n’aboutira jamais ? Les voies du karma sont impénétrables et j’espère quand même un peu ne pas être la seule tordue à avoir ce genre de raisonnements bizarres…), je n’ose bien évidemment pas partager ça avec mes proches les plus intimes et je n’ose même pas nommer ça comme il se doit : je sais depuis le début (c’est à dire depuis que j’ai appris à tenir un stylo dans le bon sens) que je vais écrire des romans, et je sais aussi pertinemment que ce sur quoi je travaille en ce moment est destiné à être un roman, mais je ne peux pas en parler en le nommant autrement que mon « texte » ou mon « projet », quelque chose de vague et qui ne veut rien dire, qui ne concrétise absolument rien. En disant que j’écris un roman, j’ai l’impression de vraiment trop m’avancer, de m’attribuer un mérite qui n’est pas le mien, de voler quelque chose.

Et donc je m’auto-censure, toute seule comme une grande ! Prise en étau entre mes deux plus mauvais réflexes (à savoir 1- me comparer et 2- accorder une importance démesurée au regard des autres, à ce qu’ils pourraient penser de mal dans l’éventualité potentielle où peut-être-on-ne-sait-jamais ils liraient ce que j’écris), je fais disparaître en quelques sortes ce que je crée et c’est comme si, finalement, ça n’existait pas puisque je n’en parle jamais, jamais jamais, et que même pour moi seule je suis incapable de le nommer correctement sans éprouver une espèce de culpabilité inexplicable.

Moi et ma vieille copine, A.K.A. l’inexistence totale de confiance en soi, on se crève donc à étouffer mon rêve de petite fille : écrire des romans. Et à force, on a presque fini par y arriver ! Mais heureusement, certains rêves se révèlent plus coriaces que d’autres.

 

Je me suis donc secouée. je me suis forcée à aller contre toutes ces manies stupides et contre-productives que j’avais développées (avec un certain talent tout de même. Ça demande un petit effort de créativité de se trouver autant de défauts et de faiblesses au quotidien, et j’aimerais conserver ce mérite-là). J’ai pris la décision ferme que je devais écrire, que je devais y arriver et qu’un jour c’est certain, mon (premier) roman serait achevé.

Dans un premier temps, je me suis forcée à admettre que ce fameux roman futur n’était pas hypothétique mais déjà bien réel : la preuve, j’en tiens les premiers chapitres entre les mains ! Ce n’est pas parce qu’il n’est pas terminé qu’il n’existe pas et que je n’ai pas le droit d’y croire férocement.

Ensuite, j’ai cessé (malgré tout de même quelques petites récidives mais bon, « chassez le naturel … » ) de l’appeler « projet » ou que sais-je. C’est un roman. J’écris un roman, il n’y a pas de mal à ça.

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Sachet de cartouches d’encre vides, ou de l’intérêt des trophées personnels d’écriture.

Je me suis aussi imposé des objectifs ou quotas d’écriture à atteindre chaque mois, mais toujours des objectifs réalisables, le but n’étant pas de me décourager mais bien de me prouver que je peux y arriver en m’accrochant un peu. Et quantifier la progression de mon texte, en comptant les pages supplémentaires par exemple, apporte quelque chose de très positif. L’évolution devient visible et je m’amuse maintenant à battre mes scores d’écriture des mois précédents !

J’arrête également de juger mon propre style. Au lieu de bloquer sur une virgule avec insistance en me demandant ce qui cloche (jusqu’à arriver à l’inévitable conclusion qu’après tout, qui me dit que ce n’est pas l’intégralité du truc qui cloche, hein ? HEIN ??), j’écris, j’écris, j’écris. J’entasse les pages noircies, j’avance, on verra plus tard pour les corrections et le perfectionnement.

Et enfin, j’apprend à partager un peu. Avec quelques personnes de mon entourage, (un ami d’enfance toujours de bon conseil et mon copain qui, sans doute aveuglé par les yeux de l’amour, est toujours débordant de compliments pas forcément très constructifs mais en tout cas très bon pour l’égo !), mais aussi avec vous, à travers ce blog et les réseaux sociaux. Et laissez-moi vous dire que c’est bon de se sentir entourée, de pouvoir échanger, pour sortir un peu de la solitude que c’est, parfois, d’écrire contre des angoisses.

 

Petit à petit, j’ai ravivé mon envie d’écrire en accordant enfin le droit d’exister à mon roman. J’arrive à reprendre confiance en ce que j’écris, et je me place désormais dans un cercle vertueux qui me pousse à poursuivre et à croire, plus que jamais, que mon but est réalisable. Et si certains jours je perds à nouveau confiance, je m’accroche un peu plus fort et je garde bien en tête l’objectif que je me suis fixé et que je n’ai désormais plus peur, enfin un peu moins, d’affirmer : « j’écris un roman ».

 

 

J’espère que cet article vous a plu et que cette thématique, explorée à travers ma seule expérience personnelle, aura éveillé chez vous de l’intérêt, que peut-être vous vous serez reconnus, d’une manière ou d’une autre, dans ce témoignage ! N’hésitez pas à vous joindre à la réflexion dans les commentaires et à venir me rejoindre sur Instagram !

 

Prenez soin de votre créativité,

 

Marie.

Routine d’Écriture : Ces Petits Détails Innocents Qui Impactent l’Inspiration

 

Aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous un peu de mon quotidien et de mon expérience d’écriture, à travers la liste (non-exhaustive !) des choses qui ont une réelle influence sur ma capacité à écrire. Vous savez, ces petits bouts de rien qui ont le don de prolonger la grâce de l’inspiration ou au contraire de la bloquer brutalement. Peut-être vous reconnaîtrez-vous dans cette liste partiellement farfelue, et peut-être aurez-vous envie d’y ajouter d’autres éléments !

 

L’écriture pour moi se fait toujours par sessions denses, et c’est avant tout une affaire d’ « élan« . En général c’est l’inspiration qui vient me cueillir et qui m’emporte sur une lancée, et me voilà alors partie pour écrire des pages et des pages, sans les sentir passer, jusqu’à ce que d’un coup ça s’arrête. Plus d’énergie, plus d’envie, plus d’idée. C’est bien une question d’élan oui, un élan d’écriture soufflé par l’inspiration mais qui parfois, sans que je sache véritablement pourquoi, s’essouffle de lui même et me laisse là, plus tôt que je ne l’aurais espéré, incapable d’écrire encore quoi que ce soit qui tienne la route.

Au fil des sessions d’écriture, parfois fière de pouvoir compter autant de pages supplémentaires à la fin de mon effort et parfois déçue de n’avoir pu produire qu’un maigre paragraphe qui de toute manière ne me convient pas, je me suis interrogée sur ce qui pouvait expliquer de telles fluctuations dans ma production écrite. Et si j’ai pu réussir à identifier certains de mes alliés dans cet exercice créatif complexe, j’ai également appris à reconnaître certains de mes ennemis

Je ne vous parlerai pas ici de conditions physiques ou psychiques propices ou non à l’écriture, n’étant pas particulièrement renseignée à ce sujet (cependant, si la question vous intéresse, je vous conseille d’aller lire l’article en deux parties Il y a-t-il un moment idéal pour tout ? sur la question de la chronobiologie et des moments plus propices à la créativité, sur le génialissime blog PaperBackWriter, source d’inspiration et de conseils en matière d’écriture). Dans cet article ci, je vous parlerai plutôt de ces éléments du quotidien qui n’ont l’air de rien mais qui pourtant jouent un rôle (pas forcément bénéfique !) dans le processus créatif. Évidemment, il s’agit d’une liste basée sur une expérience personnelle, mais peut-être pourra-t-elle vous éclairer et vous aider à identifier ce qui vous bloque ou vous encourage dans l’écriture.

 

 

Ce qui me booste !

 

1 – Les vidéos et tutos écriture sur Youtube

Comme je vous l’ai dit, en ce qui me concerne l’écriture demande un élan d’inspiration. Et ces petites vidéos constituent justement pour moi de véritables sources d’inspiration, j’aime les ondes positives qu’elles dégagent, cette injonction sourde à se bouger et à oser écrire qu’elles transmettent, et j’aime l’idée d’un partage et d’un échange autour des différentes expériences d’écriture. Ma chaîne préférée est très certainement celle de Samantha Bailly, autrice professionnelle qui sur sa chaîne parle de nombreux sujets très utiles et nous rend accessible et familier un univers qui peut paraître intimidant. En bref, à chaque fois ou presque que je regarde une de ces vidéos, je suis prise d’une impérieuse envie d’écrire, je suis remontée à bloc ! Très bon pour déclencher des sessions d’écriture productives.

 

2 – L’encre noire

Bon là pour le coup c’est vraiment un grigri personnel. Mais l’écriture est pour moi intimement liée aux sensations, et donc en plus d’un papier si possible doux et SANS LIGNE, je préfère écrire à l’encre noire avec LE stylo plume qui va bien. Ça me paraît plus singulier, bizarrement plus « noble » que l’encre bleue habituelle (et ça donne un côté plus dramatique à mes ratures). Et en parlant de grigris …

 

3 – Le thé

Même si une fois lancée j’oublie complètement de le boire 9 fois sur 10. Sorry not Sorry.

 

4 – Tenir mon manuscrit entre mes mains

Même s’il est encore assez court, sentir concrètement l’épaisseur de ce que j’ai déjà produit, contempler le chemin déjà parcouru, ça me donne l’envie d’en rajouter encore un peu. Cette volonté d’épaissir encore un peu plus le tas de feuilles noircies, c’est presque une forme de gourmandise.

 

5 – Les notes confuses

Oui parce bon, soyons honnêtes, elles ne sont jamais autrement que confuses, ces notes éparpillées dans les divers carnets qui m’entourent et m’accompagnent. C’est même souvent à la limite du schéma verbal, un absolu charabia pour quiconque espérerait me relire. Mais en attendant, elles me permettent de rebondir sur quelque chose et de prolonger encore un peu ma session d’écriture lorsque je sens que mon élan commence à s’essouffler, que je perds un peu l’inspiration. Elles sont comme une bonne idée qu’on viendrait me souffler à l’oreille. Bref, merci les notes confuses !

 

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Ce qui me bloque …

 

1 – La musique

Ça va sembler bizarre à la majorité d’entre vous, je sais, parce qu’on a souvent tendance à accompagner une pratique créative avec de la musique. Mais moi je ne peux pas. Vraiment je ne peux pas. Et pourtant qu’est-ce que ça doit être bien de pouvoir se laisser porter par le son quand on écrit, et de se demander à la fin si le morceau qu’on a écouté n’a pas un peu imprégné de son ambiance particulière le texte nouveau qu’on vient d’achever… Mais moi sincèrement je ne peux pas. S’il y a de la musique, alors je ne peux pas m’empêcher de l’écouter et de ne faire exclusivement que ça. Sans silence parfait, pas de concentration pour moi (oui, c’est frustrant).

 

2 – La contrainte du temps

Impossible d’écrire correctement si je sais que mon temps est limité, que je n’ai qu’une trentaine de minutes ou une heure devant moi. Il faut que je me sente libre de traîner sur la feuille, sinon j’ai l’impression qu’il faut que je produise tant de lignes en tant de temps et cette espèce de course à la productivité, cette idée qu’il faut rentabiliser cette session limitée, ça me rend folle. Autant aller faire autre chose, je ne suis pas esclave du chronomètre.

 

3 – L’ordinateur

Pour moi qui suis probablement un des derniers dinosaures à n’écrire que sur le papier, quitte à devoir tout retaper par la suite, l’ordinateur est définitivement le pire support au monde pour créer ! Non, sérieusement, ce grand rectangle tout blanc et lumineux, purement impersonnel, trop propre (où sont les ratures ? Les gribouillis ? On perd tout l’intérêt là !) et qui paraît vide même une fois rempli de mots, ça tue la moindre inspiration qui serait susceptible de me venir. Je veux bien que ce soit plus pratique, mais cette froideur numérique m’est vraiment hostile. Tant pis pour moi.

 

4 – Un intrus dans la pièce

Celui-là fait un peu titre de film d’horreur, mais croyez-moi c’est bien une de mes pires angoisses quand j’écris. Il faut que je sois seule, qu’on ne vienne pas me parler sinon c’est la distraction assurée, et l’instinct de pipelette qui sommeille en moi se manifeste à tous les coups, et pendant ce temps c’est l’écriture qui n’avance pas, et l’inspiration qui repart loin-loin-loin. Non, dans ces cas-là, c’est prière de ne pas déranger. Je peux aussi me transformer en une sorte de Jack Nicholson dans Shining, c’est à dire que je peux vraiment mal le prendre si quelqu’un commet l’imprudence absolue de me faire perdre le fil.

 

5 – Internet

On termine avec le boss final des ennemis de la productivité, le fléau total. C’est trop de distractions, trop de tentations… Et moi je suis faible. Laissez-moi donc aller lire cet article sur la meilleure manière de me maquiller les yeux en fonction de la couleur de mes chaussettes, l’écriture de mon roman peut bien attendre.

 

 

J’espère que cet article vous a plu ! Si vous vous reconnaissez dans cette liste, ou si vous avez d’autres manies d’écriture, n’hésitez pas à venir les partager en commentaire !

Je vous invite à découvrir mon précédent article sur le même thème, La Peur d’Écrire, et à venir me rejoindre sur Instagram pour plus de contenu !

À bientôt,

Marie.

 

 

La Terrasse Des Éléphants – Raphaël Aubert

 

Aujourd’hui, je viens vous parler d’un absolu coup de cœur littéraire, d’un texte qui m’a touchée comme très peu d’autres ont su le faire, mêlant rêveries nostalgiques et réflexions profondes sur ce qui, finalement, guide nos vies. Aujourd’hui, je viens vous parler d’une quête sentimentale bouleversante et sublime qui ne pourra que vous emporter dans son tourbillon vertigineux, si poétique et pourtant si juste, si sincère. Aujourd’hui je vous donne rendez-vous, en espérant que mes mots rendront justice au chef d’oeuvre de Raphaël Aubert, à La Terrasse des Éléphants. 

 

Quatrième de couverture :

« Se déroulant sur près d’un demi-siècle en Suisse, en France, au Cambodge et au Vietnam, « La Terrasse des Éléphants » est le roman de la rencontre et du destin.

Un homme et une femme, qui se sont connus dans leur enfance et ne se sont plus jamais revus durant de longues années, peuvent-ils demeurer liés ? Qu’est-ce qui, en dépit de tout, unit les êtres ? Est-on maître de sa vie ? Ou n’est-ce encore qu’une illusion ?

Le héros de « La Terrasse des Éléphants », Raphaël Santorin, a été correspondant de guerre au Vietnam où il a assisté à la fin du régime de Saigon. Alors qu’il est parvenu à un âge où l’on dresse le bilan de sa vie, ce passé, malgré les années écoulées, continue de le hanter. Un rêve le ramène aux Hautes Terres, la maison familiale qui a tellement compté dans sa vie, où il est conduit à une étrange découverte. Elle fait resurgir du néant la figure de Laure, le grand amour de son enfance. Dès cet instant les événements vont s’enchaîner mystérieusement jusqu’à lui faire remettre ses pas dans ceux du passé. »

 

Mon avis :

Ce qui m’a attirée en tout premier lieu, c’est la poésie du titreLa Terrasse des Éléphants… Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça signifie ? Rien que ça, ces quelques mots énigmatiques, ça m’a intriguée et déjà fait voyager.

Et ils préfiguraient très bien ce que j’allais retrouver du début à la fin du roman : l’idée d’un voyage poétique et sentimental, à travers le monde certes, mais surtout à travers le temps.

Car du temps, il s’en passe dans ce touchant récit qui se déroule sur pas loin d’un demi-siècle ! On se laisse bercer, tout d’abord, par les allées et venues entre le présent d’un homme ayant atteint l’âge de raison et le passé de souvenirs provenant d’époques diverses auxquels s’accrochent, toujours, le visage de personnes ayant compté.

Et puis, au détour d’une de ces réminiscences qui déjà semblent être reliées par le recel commun d’un mystère enfoui, le visage de Laure surgit, le premier amour de Raphaël jamais véritablement oublié. Alors se produit un déclic. Le personnage se lance donc à la recherche de son amour d’enfance, peut-être bien d’ailleurs de son vrai grand amour. Seulement, quarante années se sont écoulées entre temps. Au cours de cette enquête pour retrouver les traces de Laure, le passé révèle ses trames complexes, ses coïncidences et ses actes manqués, tout ce qui, mystérieusement, a œuvré pour garder ces deux destins curieusement liés.

Je l’ai déjà dit il me semble, mais rarement une lecture m’aura autant touchée que celle de La Terrasse des Éléphants. Bien-sur, l’élégance du style de l’auteur y est pour beaucoup : tout est vécu dans ce roman comme dans une sorte de rêve feutré, adouci par le voile jeté sur les événements du passé, et on touche presque par moments (notamment avec le récit du fameux été de la rencontre avec Laure) à de petits bouts de paradis perdus. Et en même temps, les émotions y sont si vives, si perçantes et si justes, nullement atténuées par le temps qui passe. Un très beau contraste qui met en valeur la sentimentalité derrière chaque chose.

Mais je crois que c’est plus que ça. Ce livre ne vous invite pas simplement à suivre les sinuosités futiles d’une rêverie nostalgique, il n’est pas là pour faire l’éloge naïf d’un passé heureux mais révolu qu’il serait de bon ton de se remémorer avec une certaine nuance de regret impuissant, non. Ce livre propose, à travers un personnage hanté par le souvenir tenace d’une part de son enfance qui aurait dû – il le pressent – trouver son prolongement dans sa vie d’adulte, de démêler les fils du destin, de rattraper les moments heureux que ce dernier lui a fait manquer et de découvrir ce vers quoi, finalement, sa vie devait le guider, Laure, le rivage auprès duquel ce même destin, inlassablement, avait choisi de le reconduire. C’est puissant, c’est beau, et ça fait réfléchir sur les chemins que l’on choisit tous, constamment, d’emprunter. En espérant que ces trajectoires et ces bifurcations vous ramènent, vous aussi, jusqu’à votre rivage.

 

Conclusion :

Une lecture bouleversante et sublime autour d’un vertigineux jeu de la destinée, voilà ce que vous trouverez en lisant La Terrasse des Éléphants. Si vous ne connaissez pas encore cette oeuvre, foncez. Allez découvrir ce très beau texte et offrez-vous un moment de grâce.

 

 

La Terrasse des Éléphants de Raphaël Aubert, paru aux Éditions de l’Aire en 2011, collection « L’Aire Bleue ».

 

 

STAND-BY, par Bruno Pellegrino, Aude Seigne et Daniel Vuataz

 

Aujourd’hui, je viens vous présenter un petit bijou d’originalité paru aux éditions ZOE en 2018: Stand-By, saison 1, tome 1!

 

Présentation :

 

Vous l’aurez probablement deviné, la singularité de ce texte que je vous propose de découvrir cette fois-ci réside avant tout dans l’audace de sa forme : en effet, Stand-By n’est pas tout à fait un roman comme les autres puisqu’il revisite le genre du feuilleton littéraire, genre qui a connu son heure de gloire au XIXème avec Dickens et Balzac notamment. Ici, la plume des trois jeunes co-auteurs de talent (Aude Seigne, Bruno Pellegrino et Daniel Vuataz) nous invite à vivre une expérience de lecture différente en alliant à la subtilité et la justesse sensible des mots le rythme effréné, à couper le souffle!, digne d’une bonne série.

Cette aventure littéraire est par ailleurs toute récente : les quatre tomes de la saison 1 ont été publiés régulièrement pendant l’année 2018. J’ai hâte de voir comment va évoluer ce projet au cours des prochaines années ! Mais pour l’instant, c’est le tome 1 que je vous propose de découvrir, en espérant que cette petite chronique vous donnera à vous aussi l’envie d’aller vous plonger dans ce texte doucement atypique.

 

Quatrième de couverture :

 

« Lorsqu’un volcan dans la région de Naples entre en éruption, un formidable nuage de cendres paralyse progressivement l’Europe, clouant les avions au sol et brouillant les communications. Sur le point de s’envoler pour New York depuis Paris, Alix Franzen doit revoir ses plans. Au Monténégro, Nora, Vasko et Virgile, trois adolescents, se retrouvent sans adulte et découvrent l’indépendance, grisante et inquiétante. Au même moment, une équipe de jeunes Européens qui accomplissent leur service climatique obligatoire reste bloquée au cœur du Groenland, loin de tout secours.

Voici le récit des premières vingt-quatre heures qui suivent l’éruption. »

 

Dans ce premier tome de la saison 1 de Stand-By, nous suivons donc simultanément plusieurs groupes de personnages à Paris, au Monténégro et au Groenland, avec lesquels nous apprenons à faire connaissance en découvrant par fragments successifs leur histoire, leur personnalité, la raison de leur présence en ces lieux qui leur sont inhabituels… Si certains sont reliés, bien qu’à l’autre bout du monde, par des liens du sang ou des relations amoureuses, ce qui les rassemble véritablement, ce qui fait leur grand point commun c’est bien cette catastrophe en puissance qui les menace tous, cette éruption volcanique qui va venir perturber leurs plans et dont ils ignorent encore relativement l’existence.

Ce livre, qui décrit les trajectoires de ses personnages sur une journée – la fameuse journée de l’éruption – , nous laisse apercevoir en parallèle l’évolution de la situation avec ce volcan réveillé qui par degrés ralentit et bloque le trafic aérien, les communications, tout. Et si les personnages ne mesurent pas encore l’ampleur du problème, nous assistons en tant que lecteurs à sa progression inexorable : le monde, petit à petit, s’arrête de tourner normalement et les protagonistes se retrouvent alors face à un étrange et glaçant constat : bloqués sur place, ils sont désormais contraints d’improviser avec cet état de stand-by imposé et sur lequel ils n’ont aucune maîtrise.

 

Mon avis :

 

Stand-By présente de nombreux points forts. Tout d’abord, celui d’être très encré dans notre époque, en semant son texte de références (réseaux sociaux, faits d’actualité…) qui, si elles paraissent parfois triviales, rendent un aspect très réaliste, très proche de nous. Ces mentions récurrentes de détails de notre quotidien nous rendent donc extrêmement contemporains de cette histoire, elles nous permettent de nous y glisser grâce à une certaine connivence, une proximité, et nous en rendent finalement presque acteurs nous-mêmes : cette histoire, rappelant celle du volcan Islandais de 2010 resté célèbre (entre autre) pour son nom imprononçable, aurait pu être la nôtre.

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p.30, illustration pour le premier chapitre au Monténégro … ça plante sacrément le décor !

Autre point fort qui mérite d’être mentionné, les illustrations de Frédéric Pajak qui ponctuent le récit. Elles contribuent à l’ambiance de l’histoire et la retranscrivent avec fidélité et finesse. (Et puis bon … c’est tellement rare de lire un roman qui comporte des illustrations! Quel bonheur d’en découvrir au hasard d’une page tournée …)

Ce que j’ai aimé aussi, c’est la forme du récit en elle même : très rythmée, découpée en de courts chapitres qui jonglent entre les divers groupes de personnages, elle ne laisse aucun temps mort. Et surtout, elle nous permet d’assister à l’évolution de la situation « en temps réel » et à sa progressive aggravation jusqu’à cette scène finale surréaliste où les adolescents, proches de la zone du volcan, s’éveillent au matin en découvrant qu’une pluie de cendres est en train de recouvrir la ville.

L’autre point fort de la construction du roman se lit à travers l’effet de crescendo dans la tension générale, que ce soit la nôtre ou celle des personnages, de la première à la dernière phrase du récit. En jouant avec l’ignorance relative des protagonistes et en ne nous révélant que par flashs ponctuels l’ampleur croissante du problème, elle nous guide  aveuglément jusqu’au climax. Durant toute la lecture, on sent, ON SENT que ça va dégénérer, et le suspens, lui, pose tranquillement ses valises pour s’installer bien à son aise dans les derniers chapitres. Si, comme pour toute série, le premier épisode est celui de la mise en place et débute donc relativement tranquillement, la fin vous laissera fébrile et bien trop curieux de savoir la suite. J’admire cette manière qu’on eue les auteurs de faire monter la pression par étapes durant tout ce premier tome jusqu’au suspens final. Très habile et surtout … très efficace !

Au fond, le seul point faible de ce tome 1, c’est bien que sa suite ne figure pas encore dans ma bibliothèque (et j’ai vraiment, VRAIMENT envie de la lire !)

 

stand by illustration 2
Pour le plaisir, p.70, illustration pour un chapitre au Groenland.

Pour conclure, je dirai que nous avons là un texte vraiment agréable à lire, dynamique, habilement mené, très divertissant et qui risque bien de vous rendre addicts. Je le recommande vivement !

 

 

Merci d’avoir lu cet article, j’espère qu’il vous a plu ! N’hésitez pas me rejoindre sur Instagram ou à venir découvrir mes précédentes chroniques de lectures sur Voir Venise et Vomir d’Antonio Albanese et Djinn, un Trou Rouge entre les Pavés Disjoints d’Alain Robbe-Grillet !

À bientôt pour un nouvel article !

 

Marie.

Du nouveau sur le blog !

 

À l’aube de cette nouvelle année j’ai pris la décision, parmi la flopée de bonne résolutions habituelles (mais promis cette année j’en tiendrai quelques unes!) d’effectuer quelques changements concernant le contenu du blog, et je viens aujourd’hui vous en parler.

 

Cela fait presque six mois maintenant que je me suis lancée dans l’aventure du blogging, sans savoir forcément au départ de quoi j’allais parler mais avec l’envie de partager avec vous des sujets qui me plaisent. Six mois, c’est à la fois un temps d’existence très court sur wordpress.com et une période suffisamment longue pour savoir quelle orientation j’ai envie de prendre désormais.

Durant ces quelques mois, j’ai eu l’occasion de découvrir et de suivre de nombreux blogueurs et blogueuses talentueux et inspirant, et c’est autant en les lisant qu’en écrivant mes propres articles que je me suis aperçue, au fil du temps, que certains sujets à propos desquels j’avais choisi d’écrire me motivaient moins que d’autres.

Aujourd’hui, pour cette nouvelle année, j’ai envie de me concentrer sur ce qui me passionne vraiment, et de dédier plus spécifiquement ce blog à ce que j’aime par dessus tout, en laissant le reste un peu de côté. Si les catégories existantes ne disparaîtront pas, il y en a certaines que j’aimerais renforcer ou carrément créer, pour un blog qui me ressemble d’avantage.

du nouveau sur le blog 2 Pour 2019, je donne donc la priorité absolue à la catégorie Lectures ! En tant que dévoreuse de livres confirmée, je souhaite partager avec vous mes coups de cœur littéraires, en essayant de mettre en avant des textes atypiques, hors des sentiers battus et originaux. Il y aura aussi des classiques évidemment, pour ceux qui souhaitent aller à la rencontre de textes parfois rendus « intimidants » par la grande réputation qui les précède. L’idée est avant tout de faire découvrir des livres de tous horizons, quelquefois moins médiatisés, des outsiders de la littérature, qu’il s’agisse de jeunes œuvres encore peu connues ou de monuments oubliés. Lisons différemment,  soyons curieux, goûtons à la diversité !

 

 

J’aimerais également partager avec vous des réflexions sur le domaine qui est celui de ma passion véritable, c’est à dire l’Écriture. J’avoue ne pas encore savoir exactement quelle forme ils prendront, mais c’est une expérience à propos de laquelle j’ai envie et besoin de parler, pour avancer.

À côté de ça, j’ai encore quelques autres idées à mettre en forme, je vous tiendrai au courant ! En tout cas ce qui est sûr, c’est que cette année 2019 s’accompagnera de changements et de renouveau. J’espère que vous serez au rendez-vous !

D’ici là portez-vous bien, et à bientôt pour un nouvel article !

Et en attendant, vous pouvez me rejoindre sur Instagram ou venir lire mes précédents articles sur La Peur d’Écrire et le roman Voir Venise et Vomir d’Antonio Albanese !

À bientôt (et bonne année quand même !!),

Marie.

 

Voir Venise et Vomir – Antonio Albanese

 

Aujourd’hui, je vous présente un autre roman franchement atypique que j’ai a-do-ré lire (autant le dire tout de suite), un savant assemblage d’humour trash et politiquement incorrect, de finesse et d’irrévérence assumée : « Voir Venise et Vomir » d’Antonio Albanese, paru aux éditions BSN Press. Accrochez-vous, ça risque de secouer.

 

Quatrième de couverture :

« – Vous couchiez ensemble depuis longtemps ?

Son trouble est palpable et il se lève avec précipitation en disant :

Je suis désolé… je ne peux pas parler… je dois partir.

Et il s’en va moins qu’il ne s’enfuit, abandonnant sur la table le livre de Carpaccio ouvert sur un Saint George occupé à son passe-temps favori, trucider le dragon. Je ne peux m’empêcher de me dire qu’on est bien parti dans cette histoire pour avoir du sexe, de la mort et de la religion, et que s’il pouvait y avoir le moindre doute là-dessus, c’est la preuve qu’on est en Italie. »

Dans son travail d’écriture, Antonio Albanese s’approprie les différentes formes de la fiction et joue avec les structures et les règles, ici celles du roman policier satyrique. « Voir Venise et Vomir » est le deuxième épisode des enquêtes de Matteo Di Genaro, personnage atypique et irrévérencieux, plus occupé à s’en prendre à son lecteur qu’à résoudre les crimes qui croisent immanquablement son chemin de milliardaire de gauche (…). Il préfère lutter contre la bêtise au cas par cas, même s’il est toujours prêt à faire des prix de gros.

 

Comment décrirais-je ce roman, en quelques mots ? Je dirais qu’il est insolent, exubérant, carnavalesque, démesuré, désespérément satyrique. Je dirai que c’est l’illustration d’une écriture fine et intelligente aussi, bourrée d’allusions et de références culturelles. Et enfin, je dirais que c’est, avant tout, un jeu permanent avec et contre le lecteur et ses attentes. Bref, tout simplement génial.

Et tout est là, tout le charme et l’efficacité de ce roman tiennent dans ces quelques éléments qui, réunis sous la plume pas farouche de Monsieur Albanese, produisent un texte explosif !

Et pourtant, ce texte semble reprendre tous les ingrédients classiques du roman policier/noir : meurtre, mystères, enquête en milieux troubles et peu recommandés, à la lisière de sphères secrètes voire interdites, mêlant sexe, violence… Sauf que. Sauf que même si tous les ingrédients sont en place, l’auteur choisit de réinventer complètement la recette en y ajoutant une épice particulière qui, croyez moi, relève sacrément le tout :  un narrateur qui se moque plus qu’ouvertement de ce schéma littéraire dans lequel il est supposé évoluer et qui,  plutôt que de simplement jouer le jeu, entame la conversation avec le lecteur, une conversation unilatérale où il s’offre le plaisir évident d’une incessante « rixe » verbale. Rien, rien ne nous sera épargné dans ce roman, ni les expressions du mépris gratuit de son narrateur ni ses piques osées, sévères et presque injustes, et si tout le monde semble devoir en prendre pour son grade, je veux bien parier que pour autant aucun ne rechignera à aller jusqu’au bout de ce petit texte extravagant.

Ce qui fait la force de ce roman donc, vous l’aurez compris, ce qui en fait tout l’intérêt, c’est bien ce personnage singulièrement irrévérencieux, hautement atypique, ce fameux Matteo Di Genaro aux pensées tour à tour méprisante pour les autres et auto-dérisionnelles, définitivement loufoques. Il ne s’épargne pas non-plus dans ce roman, et son humour nous poursuivra jusque dans les notes de bas de page :

« Note de l’éditeur : Nous prions les lecteurs croyants qui auront reconnu les paroles sacrées du « Confiteor » (« Per mia colpa, mia colpa, mia grandissima colpa) de nous pardonner ce terrible blasphème que l’auteur a refusé de supprimer. Qu’ils se consolent en partageant avec nous la conviction que monsieur Di Genaro ne sait pas ce qu’il fait. » (note de bas de page n°9, page 40).

Matteo Di Genaro, c’est ce personnage de roman policier qui refuse de faire ce qu’on attend de lui. Ce qui le caractérise, c’est bien cette permanente ironie condescendante : il prend un malin plaisir, non-dissimulé mais bien au contraire revendiqué, à maltraiter son lecteur trop gentil, trop naïf, qui privé de toute répartie possible continue à lire, embarqué dans cette étrange aventure. À ce ton inconvenant du personnage, grossier, abrasif et inconfortable, il faut ajouter, comme une insolence supplémentaire, ces digressions incessantes qui émaillent le texte, l’envahissent, et qui, en produisant toujours de nouvelles distractions et diversions, éloignent du sujet et retardent toujours un petit peu plus l’avancée de l’intrigue, se lisant finalement comme autant de rebuffades de la part de Matteo vis à vis de son « devoir » de personnage de roman :

« En toute honnêteté, j’écoutais depuis un moment Benedetto d’une oreille plutôt distraite, parce qu’en ce qui me concerne, les histoires édifiantes, quand en plus elles sont teintées de spiritualisme, de fatalisme, de transcendantalisme, bref, de tous les « ismes » que vous voudrez, même celui de Corinthe, si on est pas regardant sur l’orthographe, j’avoue que ça m’ennuie assez vite. » (extrait page 43).

Franchement désintéressé de ce rôle d’enquêteur dont il se trouve malgré lui affublé, il préfère volontiers s’attarder sur un pan d’histoire vénitienne, l’évocation d’un souvenir dont on se demande ce qu’il a à voir avec le reste ou encore sur une tirade doucement insultante à l’égard de son dévoué lecteur. Et si parfois on le trouve un peu trash dans l’humour, un peu vulgaire dans le vocabulaire ou le propos, c’est pourtant ce qui, paradoxalement peut-être, fait tout le charme incongru de ce personnage : son verbe tranchant, irrévérencieux.

Que vous dire de plus ? J’ai adoré. Le ton original du personnage, son attitude désinvolte à l’extrême, terriblement je-m’en-foutiste, ce personnage qui se rebelle contre son rôle de personnage et qui mène son enquête parce que pas le choix mais qui te fait bien comprendre ce qu’il en pense, et ce qu’il pense de son lecteur par la même occasion, non vraiment j’ai adoré, et c’est bien grâce à cet aspect-ci que j’ai passé un aussi bon moment à lire ce roman issu d’un genre qui m’était jusque là relativement étranger. Je recommande évidemment, (sauf si vous êtes un peu trop premier degré)…

 

J’espère que cet article vous a plu et surtout vous a donné envie de lire ce roman ! Comme d’habitude, n’hésitez pas à venir discuter dans les commentaires !

Je vous invite aussi à venir me suivre sur Instagram où je publie régulièrement, et à (re)découvrir d’autres articles qui pourraient vous plaire :

Mon précédent compte-rendu de lectureDjinn, un Trou Rouge entre les Pavés Disjoints – Alain Robbe-Grillet

Mon précédent article (rubrique Lifestyle) : La Peur d’Écrire

 

À bientôt !

Marie.

La Peur d’Écrire

 

Je ne sais pas si c’est parce qu’on est en plein NaNoWriMo (National Novel Writing Month) et que de ce fait je vois passer dans mes réseaux de nombreuses publications sur ce thème, ou si c’est simplement le fait de débuter un nouveau mois qui m’apporte l’envie de prendre de bonnes résolutions (ou peut-être est-ce un savant mélange des deux ?), en tout cas j’ai décidé de vous livrer cet article un peu plus personnel (et donc forcément un peu plus risqué) sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur : écrire, et surtout la peur d’écrire. J’espère qu’il trouvera de l’écho chez vous, dans vos expériences propres, chez tous ceux qui ont un projet, un rêve, ceux qui écrivent, ceux qui créent, qu’ils soient déjà allés au bout de leur ambition ou qu’ils n’aient pas encore osé se lancer.

Écrire… cette passion qui me tient depuis que je suis gosse. Je l’ai expérimentée sous de nombreuses formes, avec toujours cette certitude que j’étais faite pour ça, pour écrire, raconter des histoires, et que d’une certaine manière c’était fait pour moi aussi. Et puis un jour, sans trop savoir pourquoi, on perd ce petit don, ce quelque chose, cette assurance et cette confiance naïve en ce qu’on fait, ça se fait progressivement, on se met à douter, à se poser des questions… jusqu’à se réveiller un beau jour en ayant oublié pourquoi on avait aimé ça, écrire, et pourquoi on n’y arrive plus. Je me suis réveillée il y a quelques semaines. 

 

Petite histoire de mon rapport à l’écriture

Comme je vous le disais juste au dessus, j’aime écrire et raconter des histoires. J’en ai  beaucoup écrites pour ma petite sœur et c’était d’ailleurs une de nos occupations préférées: se lire nos histoires aussitôt après les avoir terminées. En grandissant j’ai gardé ce goût pour l’écriture, j’ai tenu plusieurs blogs dans lesquels je postais régulièrement des chapitres de fictions, à l’époque heureusement révolue où Skyblog était à la mode (et non, je ne vous donnerai pas les adresses des blogs en question, c’est un secret honteux que j’emporterai avec moi dans la tombe !), j’ai écrit un grand récit de fantasy de plus de cent pages (pour moi c’était déjà beaucoup)… et à partir du lycée, et plus encore durant mes études secondaires, j’ai commencé à perdre confiance, sans raison véritable, à me dire que ce que j’écrivais n’était pas assez bien, pas assez intelligent, pas assez original, pas assez « adulte », bref, jamais assez. Et progressivement j’ai perdu l’envie. J’ai commencé à avoir honte, ce qui est idiot bien-sûr, de ce que j’aimais le plus faire, ne me sentant jamais à la hauteur (mais d’ailleurs… à la hauteur de quoi ??), pensant sans cesse à ce qu’on pourrait bien dire de moi et de mes textes, et perdant ainsi toute notion de plaisir, jusqu’à arrêter complètement. Pendant deux ans.

Et puis j’ai voulu m’y remettre, puisqu’après tout écrire était tout ce que je souhaitais vraiment faire, ce pour quoi il me semblait que j’étais faite, sauf que trop tard : le blocage s’était installé. Bien-bien installé. Ce qui avait été si naturel pour moi était devenu une sorte de punition. J’avais cette nouvelle histoire à raconter qui me trottait dans la tête, et pourtant impossible d’écrire vraiment, je me décourageais avant même d’avoir essayé, l’inspiration s’essoufflait vite, je produisais pour écrire des choses simples et en petites quantités des efforts mille fois supérieurs à ce que je pouvais tirer de satisfaction en échange, et je constatais bien malgré moi que j’avais perdu cette insouciance et cette liberté qui me permettaient, à douze ans, de noircir une dizaine de pages par jour.

Je me suis dit un nombre incalculable de fois « je ne suis pas faite pour ça finalement, je me suis trompée. Je me suis trompée. » Et oui, j’ai laissé tomber. Puis, au bout de quelques mois, j’ai voulu recommencer. Puis laissé tomber encore. Et ainsi de suite pendant encore deux ans.

 

Etape 1 : la prise de conscience.

Ça me rendait malheureuse, vous ne pouvez pas savoir. Écrire, tout ce que j’avais jamais voulu faire, tout ce que j’avais jamais vraiment aimé, ça m’échappait, et voilà que j’avais perdu apparemment ma facilité, mon talent, mon appétit pour ça, appelez-le comme vous voulez, j’avais perdu « le truc ». Horrible constat. Penser à l’écriture était devenu extrêmement douloureux. Ça me faisait me sentir comme une moins que rien, une ratée, la fille qui a raté le seul truc qui l’intéressait vraiment. Je me suis convaincue de cette idée, je m’y suis presque forcée. Sauf que, plus j’essayais de faire entrer cette idée dans ma tête, plus c’est une idée inverse, contradictoire, profondément réfractaire qui prenait sa place. Et donc j’ai fini par refuser mon auto-condamnation, j’ai abandonné l’idée d’abandonner. Le blocage ? Je vais m’en débarrasser. Mes peurs, mes doutes ? Je vais m’en libérer. Et plus gros sera l’obstacle, plus audacieux sera le défi, et plus belle la victoire.

Bon, vous me direz, la plus importante des étapes est déjà passée puisque j’ai déjà décidé de ne pas renoncer à ma passion et d’affronter les difficultés. Et vous avez bien raison, mais tout de même, il reste du chemin à faire (mon dieu, cet article va être bien trop long).

 

Etape 2 : identifier l’origine du blocage.

Pour commencer donc, il a fallu identifier d’où viennent les peurs, d’où vient le blocage: c’est en identifiant la source du problème, les comportements contre-productifs, qu’on peut ensuite trouver les solutions efficaces et adaptées.

ecrire 2Pour ma part, le principal problème vient d’un défaut de confiance en soi : j’accorde trop d’importance, et ça ne vaut pas que pour l’écriture malheureusement, à ce que peuvent bien penser les autres, et j’ai tendance à trop me comparer : untel avait écrit son premier roman à 17 ans alors que moi j’en ai déjà 22 (damn, presque 23!), une autre arrivait à écrire tant de pages par jour… etc, donc forcément, je ne pouvais que déprécier mon travail et me sentir trop inefficace. Si je n’arrivais pas à tenir ce genre de rythme effréné, ça voulait bien dire que finalement je n’avais pas de talent et que je ne serai jamais capable de faire quelque chose de bien, n’est-ce pas ? (Spoiler : NON.)

Mon second problème découle, il me semble, d’un sévère manque de discipline : quand j’ai envie d’écrire, quand je sens l’inspiration qui arrive, je me dis que j’écrirais plus tard, parce que là tout de suite j’ai forcément une bonne excuse pour ne pas m’y coller, et donc je retarde, je retarde, pour ne finalement rien écrire du tout pendant des jours, des semaines, des mois (oui, je suis passée maître dans l’art de la procrastination !), et quand je veux m’y remettre, quand plus tard je pense à mon début de roman qui attend toujours que je daigne m’occuper de lui, je culpabilise de l’avoir laissé de côté si longtemps, ça ajoute à la pression pour écrire que je m’inflige déjà, ça augmente ma peur de ne pas y arriver … et je m’installe dans un cercle vicieux.

Mais mais mais ! Maintenant que l’origine du blocage est identifiée, je suis prête à agir et à briser le cercle !

 

Etape 3 : trouver les solutions adaptées.

Exprimer mes peurs et les formuler en les couchant sur le papier m’a aidé à y voir plus clair, et il est à présent plus simple de trouver des solutions.

Tout d’abord, et cela vaut tout particulièrement si comme moi vous rencontrez des soucis d’organisation et de motivation : s’imposer une sorte de discipline, une hygiène de vie intellectuelle et créative propre à vos besoins. Accordez-vous du temps pour réaliser ce que vous souhaitez, gardez dans votre journée, dans votre emploi du temps, un espace rien que pour ça. Le matin au réveil, le soir après une longue journée… peu importe, c’est selon vos préférences. Ritualisez ce moment dédié à votre passion, et apprenez à apprécier cette petite discipline personnelle qui vous aidera à débloquer, progressivement, le nerf créatif.

Si possible, créez-vous un petit espace, une bulle dans laquelle vous pourrez vous immerger lors de vos sessions de création. Pour ma part, j’ai installé une petite table dans ma chambre sur laquelle je retrouve tout le matériel nécessaire, selon un désordre étudié : pile de carnets de notes dans le coin gauche, appuyés contre le mur, pot plein de stylo, bloc note et ramette de papier, trousse, une petite lampe qui disperse une jolie lumière sur le papier lorsque j’écris…

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Une partie de ma collection de carnets.

Aussi, choisissez la méthode et le support qui vous conviennent le mieux, pas forcément ceux qu’on vous a conseillés : un temps, j’ai essayé d’écrire sur mon ordi directement, c’était supposé être plus pratique et m’épargner la corvée du recopiage sur Word de mes brouillons manuscrits… et ça n’a pas marché pour moi. J’écris mieux, et bien plus longtemps, avec mon éternel stylo plume et un carnet. Je ne pensais pas qu’un support pouvait à ce point influencer notre pratique et pourtant… certains seront entraînés par le rythme des touches de clavier percutées frénétiquement, l’esprit suivant le tempo de ce métronome déréglé, d’autres comme moi seront d’avantages inspirés par le toucher d’un papier de bonne qualité ou par le son feutré de la plume qui le griffe.

 

Ensuite, et bien que ce soit simple à dire, ça ne sera pas si évident à mettre en application: arrêter de se comparer, que ce soit aux autres, à ce qu’ils font, à l’allure à laquelle ils le font … juste, arrêter de se comparer. On est tous différents, différents dans nos rythmes de travail, dans nos centres d’intérêt, dans nos facultés … Chacun a ses points forts et faibles, alors plutôt que de se focaliser sur ses points faibles et de se déprécier à travers eux, prendre le temps de découvrir et apprécier ce qui peut constituer un atout, une force.

Et enfin, il va falloir arrêter de se juger, arrêter de chercher des défauts à son travail, de se dire « je ne suis pas assez, ce que j’ai fait n’est pas assez« , arrêter d’être son propre ennemi et apprendre à être fier de ce que l’on fait, de ce que l’on accomplit, sans condition. Ce que l’on créée reflète qui on est, et personne ne pourra le faire à notre place. Alors soyons fiers.

 

ecrire 4Que tous ceux qui ont vu cet article résonner avec leurs propres expériences n’hésitent pas à partager leurs craintes, leurs difficultés, leurs conseils ! Avez-vous vous aussi rencontré des blocages de ce genre qui vous ont entravés dans la réalisation de vos rêves, de vos passions ? Comment les avez-vous surmontés ? La discussion est ouverte.

 

 

 

 

À bientôt pour un nouvel article ! En attendant, vous pouvez me suivre également sur Instagram ou venir lire mon précédent article, un compte-rendu de ma lecture de Djinn, un Trou Rouge entre les Pavés Disjoints .

Merci pour votre visite !

 

Marie.

 

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