Le Rendez-vous d’Ecriture

 

C’est un rituel étrange et confortable, qui me rend nerveuse autant qu’il m’inspire.

On a pris l’habitude désormais : toutes les semaines, se retrouver à la même terrasse du même café, à la même table. On parle peu pour commencer. On s’abrite sous les parasols et après s’être observés à travers les volutes évaporées qui montent de nos tasses, (il aime le cappuccino, moi je préfère le thé à la menthe), on s’abandonne l’un l’autre, stylo au poing, on se préfère les mondes imaginaires qu’on a tracés sur des feuillets sans ligne. C’est OK. Toutes les semaines, on se donne rendez-vous pour écrire.

viennoiseries et café
Prendre des forces avant l’effort. (Photo prise par Jonathan Marc Le Ster)

C’est toujours lui qui lance le minuteur. Pour donner du rythme à la séance, on joue avec les règles de la méthode pomodoro. Ça donne plusieurs fois 25 minutes durant lesquelles personne n’a le droit de parler. C’est lui qui a apporté cette idée, moi j’ai tendance à faire les choses de manière désordonnée. Donc il lance le minuteur, il repose le téléphone au milieu, qui heurte la table dans un hoquet métallique. Entre nous, le décompte s’affiche sur l’écran.

C’est toujours pareil : lui il se met directement à écrire, il noircit des lignes et des lignes sans hésitation, jamais ou si rarement, on dirait que les idées s’enchaînent d’elles-même dans sa tête, comme si une petite voix complice les lui soufflait. Dès le chronomètre lancé, il écrit, écrit écrit, comme s’il avait suffi d’appuyer sur un bouton ON/OFF pour que ça se mette en marche. Parfois je le regarde faire et je le trouve déprimant.

Moi j’ai de la peine à démarrer. La page est toujours blanche quand on commence, j’ai du mal à y repérer le fameux point de départ. Des fois ça me prend dix minutes avant de le trouver. Dix minutes à regarder en l’air, à regarder les gens qui passent, qui font la queue pour une glace à l’italienne sur le trottoir d’en face, à suivre du regard la guêpe curieuse qui cherche le meilleur endroit où se poser. En face de moi la machine à écrire humaine ne cesse de crépiter des mots dans tous les sens, avalant sous sa plume toujours plus de papier. Je me demande comment il fait. Je me demande pourquoi moi je mets autant de temps avant de trouver l’inspiration. J’avais bien une idée en tête, mais les mots pour l’instant ne s’ordonnent pas de manière suffisamment originale. Lui il enchaîne des paragraphes et des paragraphes avec une voracité presque déconcertante. Mais comment il fait ?

Il y a une odeur de gaufres qui flotte dans l’air. Il faudra bien que je me lance. Je sors mon petit stylo à bille bleu. En temps normal j’écris au stylo plume, encre noire, mais aujourd’hui c’est un nouveau cahier, avec des pages en papier recyclé plus épais, granuleux, et j’aime sentir la pointe du stylo s’y enfoncer paresseusement quand j’arrondis une lettre. Ça fait partie de mes petites joies de l’écriture. Tout comme en lecture j’aime sentir l’odeur d’un livre en plongeant mon visage entre deux pages au hasard, passer mes doigts sur la tranche pour y sentir les craquelures de l’usure, lire le tout dernier mot avant le tout premier ; ici j’aime le bruit du stylo qui court sur la feuille, regarder se former malgré moi des constellations de ratures multicolores et effleurer du bout des doigts les reliefs de mon écriture gravée dans le papier.

Les minutes filent, défilent et cette fois j’écris. Sans conviction au départ, mais rapidement je me laisse emporter par mon propre élan et c’est une petite surprise à la fin de m’apercevoir qu’un véritable texte est né pendant ces quelques fois 25 minutes. Un texte pas tout à fait parfait, mais que je pourrai garder bien au chaud avant de lui trouver une place de choix quelque part.

writting coffe
(Photo prise par Jonathan Marc Le Ster)

C’est étrange et difficile pour moi d’écrire à l’extérieur, et même tout bêtement d’écrire ailleurs que derrière mon bureau. Il y a tellement de distractions, plongée dans un micro-monde différent, une rue, une terrasse où ça fourmille de mille petits riens en permanence. Des bruits, des gens qui passent, un spectacle du quotidien qui ne s’arrête jamais. Rentrer dans sa bulle pour écrire, se forcer à ne pas trop en sortir pour ne pas perdre le fil… C’est ça finalement le but du jeu. C’est ce qui me demande toujours le plus de courage : faire abstraction du monde extérieur, oublier tout pour se plonger en soi-même et n’entendre plus que l’écho de ses propres pensées. Des pensées à travers le désordre desquelles on peut percevoir, à condition de bien tendre l’oreille, le murmure d’une idée de génie.

L’inspiration.

 

Marie.

5 commentaires sur “Le Rendez-vous d’Ecriture

  1. Hello c’est sympa ça de se faire des sessions d’écriture à plusieurs ! C’est vrai que c’est agréable de bouleverser ses habitudes de temps en temps.
    Belle soirée,

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Pumpkin Autumn Challenge – Première partie de la pile à lire ! – The Mountain Girl in the City

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